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Droit applicable

Domestiques privés des diplomates en France : exemption, obligations et protection

Le domestique privé d'un diplomate n'échappe à la sécurité sociale française que sous trois conditions cumulatives. Dans tous les autres cas, le diplomate est un employeur tenu par le droit français, et le Protocole vérifie qu'il s'y conforme.

Article 33 §2 de la convention de Vienne de 1961 : trois conditions cumulatives pour l'exemption Depuis 1997 : engagement écrit exigé du diplomate qui emploie un domestique 11 mars 2025 : réponse ministérielle qui détaille les conditions posées par la France

Qui est un domestique privé

Le domestique privé est la personne employée au service domestique d'un membre d'une mission diplomatique, et non par l'État lui-même. La convention de Vienne du 18 avril 1961 le définit à son article 1er, h), comme les « personnes employées au service domestique d'un membre de la mission, qui ne sont pas des employés de l'État accréditant ». La nourrice des enfants d'un conseiller, l'employée de maison d'un attaché ou le cuisinier personnel d'un premier secrétaire entrent dans cette catégorie.

Il ne faut pas le confondre avec le personnel de service de la mission, que la même convention désigne comme les employés « au service domestique de la mission ». La cuisinière de la résidence de l'ambassadeur, payée par l'État, relève de la paie de la mission. Le domestique privé, lui, a pour employeur le diplomate en personne. Pour les postes consulaires, l'article 48 de la convention de Vienne du 24 avril 1963 prévoit un régime voisin pour le personnel privé des membres du poste.

Le principe : l'exemption est l'exception

L'article 33 §2 de la convention de 1961, que notre page sur les conventions de Vienne replace dans son ensemble, étend au domestique privé l'exemption de sécurité sociale dont bénéficie l'agent diplomatique, mais seulement si trois conditions sont réunies : être au service exclusif de l'agent diplomatique ; ne pas être ressortissant de l'État accréditaire ni y avoir sa résidence permanente ; être soumis à la sécurité sociale de l'État accréditant ou d'un État tiers. Il suffit qu'une seule manque pour que le domestique relève de la sécurité sociale française. Une employée de nationalité française, une personne installée en France depuis des années ou une personne recrutée sans aucune couverture dans son pays ne sont pas exemptées.

Cette fiche expose le droit applicable. La production concrète des contrats, bulletins et déclarations est décrite dans notre prestation paie du personnel de maison.

Le détail

Les textes, article par article

Article 33 §2 : les trois conditions

Les conditions sont cumulatives et s'apprécient pour chaque personne. Le service exclusif exclut la personne qui travaille aussi pour une autre famille. La nationalité et la résidence permanente s'apprécient au regard de la France : une personne qui vivait déjà à Paris avant d'être engagée pose une question sérieuse de résidence permanente. La couverture dans l'État d'envoi ou un État tiers doit être réelle et démontrable, par une attestation de l'organisme étranger. Faute de preuve, nous traitons le domestique comme relevant du régime français.

Article 33 §3 : l'employeur ordinaire

Quand l'exemption ne joue pas, la convention est nette : l'agent diplomatique qui emploie ces personnes « doit observer les obligations que les dispositions de sécurité sociale de l'État accréditaire imposent à l'employeur ». Le diplomate doit donc déclarer son salarié, cotiser, remettre des bulletins et respecter le droit du travail français. L'article 33 §4 ajoute que l'exemption « n'exclut pas la participation volontaire au régime de sécurité sociale » français, si la France l'admet. Le texte de la convention est publié par les Nations unies.

Article 37 §4 : l'impôt sur le salaire

Les domestiques privés qui ne sont ni ressortissants ni résidents permanents en France sont exemptés des impôts et taxes sur les salaires qu'ils reçoivent pour leurs services. Cette exonération fiscale obéit à des conditions différentes de l'exemption sociale : elle n'exige pas de couverture dans un autre pays. Un domestique peut donc être exonéré d'impôt sur son salaire tout en devant être affilié à la sécurité sociale française. L'exonération ne couvre que ce salaire : un domestique français ou résident permanent reste imposable, et d'autres revenus éventuels suivent le droit commun.

Les conditions posées par la France

La réponse du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères publiée le 11 mars 2025 (Assemblée nationale, question n° 2255) énumère les exigences : un contrat « correspondant aux exigences du droit du travail français pour l'emploi de personnel à domicile », le « paiement d'une assurance santé par l'employeur au bénéfice du personnel privé », une langue commune, un entretien avec un agent du consulat, puis un entretien en face à face au Protocole avant la remise d'un titre de séjour d'un an. Texte de la réponse.

Un engagement écrit depuis 1997

Ces exigences prolongent un dispositif ancien. Selon la réponse ministérielle publiée au Sénat le 14 juin 2001 (question n° 32387), le Protocole demande depuis 1997 aux diplomates qui emploient des domestiques de souscrire, avant la délivrance du visa, « un engagement écrit de respecter la législation française en matière de temps de travail, de salaire et de jours de congés et de protection sociale ». Les cartes des domestiques sont « remises en mains propres aux intéressés ». Le ministère publie aujourd'hui une attestation d'engagement et un modèle de contrat.

Fiche documentaire à jour au 10 septembre 2026. Elle décrit l'état des textes et de la jurisprudence tels que nous les lisons ; elle ne remplace pas une consultation sur votre situation. Les valeurs chiffrées renvoient à la page barèmes et valeurs.

La protection contre les abus

Le domestique privé est, parmi tous les salariés liés aux missions, celui dont la situation est la plus fragile : son titre de séjour dépend de son emploi, il est souvent logé chez son employeur, et il ne parle pas toujours français. Le dispositif français répond à cette fragilité par la prévention plutôt que par le procès. L'engagement écrit exigé depuis 1997, l'entretien au consulat, l'entretien au Protocole, la remise du titre en mains propres, la vérification que le passeport reste en possession de la personne et la limitation du titre à un an créent des points de contact réguliers entre le domestique et l'administration.

La question de l'immunité du diplomate

Le diplomate employeur bénéficie des immunités prévues par la convention de Vienne. Un domestique qui voudrait agir en justice contre lui peut donc se heurter à cette immunité, dont l'étendue exacte s'apprécie au cas par cas et relève de l'analyse d'un avocat. L'immunité ne signifie pas pour autant que le droit du travail cesse de s'appliquer : la réponse de 2001 rappelle que la relation de travail reste soumise aux lois de l'État accréditaire, et l'article 33 §3 impose au diplomate les obligations de l'employeur. L'immunité touche la possibilité de poursuivre, pas l'existence des obligations. C'est précisément pour cette raison que la France fait porter le contrôle sur l'entrée et le renouvellement du titre de séjour spécial, par l'intermédiaire du Protocole.

Le contrat et la convention collective

Le ministère exige un contrat conforme au droit français de l'emploi à domicile. Le code du travail définit le particulier employeur comme celui qui emploie un salarié à son domicile pour satisfaire des besoins relevant de sa vie personnelle, ce qui correspond à la situation d'un diplomate qui emploie une nourrice ou une employée de maison. Nous appliquons comme référence la convention collective des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile (IDCC 3239), en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Aucun texte que nous avons lu ne dit expressément qu'elle s'impose à un diplomate : nous l'écrivons ainsi au diplomate, et nous l'appliquons parce qu'elle donne le cadre le plus sûr pour satisfaire l'exigence du ministère.

Ce que d'autres omettent

Beaucoup de présentations s'arrêtent à l'idée que « le personnel des diplomates est exempté ». Elles oublient les trois conditions, la différence entre exonération fiscale et exemption sociale, et le fait que la couverture étrangère doit être prouvée. Elles oublient aussi que l'assurance santé payée par l'employeur fait partie des conditions posées par la France. Un diplomate bien informé s'évite un refus de renouvellement ; un domestique bien informé sait ce qu'on lui doit.

Questions fréquentes

Questions sur les domestiques privés

Le domestique privé d'un diplomate est-il affilié à la sécurité sociale française ?

Oui, sauf s'il remplit les trois conditions de l'article 33 §2 de la convention de Vienne de 1961 : être au service exclusif de l'agent diplomatique, n'être ni ressortissant français ni résident permanent en France, et être soumis à la sécurité sociale de l'État d'envoi ou d'un État tiers. Il suffit qu'une condition manque pour que l'affiliation française s'impose. Dans ce cas, le diplomate a les obligations d'un employeur : déclaration, cotisations, bulletins de paie. Notre page sur les diplomates employeurs décrit la mise en place.

Un diplomate exempté peut-il employer un domestique sans le déclarer ?

Seulement si le domestique est lui-même exempté, ce qui suppose les trois conditions de l'article 33 §2. L'exemption du diplomate est personnelle : elle ne s'étend pas automatiquement à son personnel. Si le domestique est français, résident permanent en France ou dépourvu de couverture dans un autre pays, l'article 33 §3 oblige le diplomate à respecter les obligations de l'employeur prévues par la sécurité sociale française. Le Protocole exige de toute façon un contrat conforme au droit français de l'emploi à domicile et une assurance santé payée par l'employeur.

Le salaire d'un domestique privé est-il imposable en France ?

Le salaire que le domestique reçoit pour ses services est exonéré d'impôt s'il n'est ni ressortissant français ni résident permanent en France, en application de l'article 37 §4 de la convention de Vienne de 1961. Cette exonération ne demande pas, contrairement à l'exemption sociale, que la personne soit couverte dans un autre pays. Un domestique peut donc ne pas payer d'impôt en France sur son salaire tout en étant affilié à la sécurité sociale française. Un domestique français ou résident permanent est imposable dans les conditions ordinaires.

Quelle convention collective appliquer au domestique d'un diplomate ?

Le ministère exige un contrat conforme au droit français de l'emploi à domicile. La référence que nous appliquons est la convention collective des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile (IDCC 3239), en vigueur depuis le 1er janvier 2022. Aucun texte que nous avons consulté ne précise qu'elle s'impose expressément à un agent diplomatique ; nous le disons clairement au diplomate. L'appliquer reste la manière la plus sûre de répondre aux exigences du Protocole sur le salaire, les heures et les repos. Voir aussi notre guide Employer un salarié de maison quand on est diplomate.

Que peut faire un domestique dont les conditions de travail ne sont pas respectées ?

Le dispositif français prévoit des moments où la personne rencontre l'administration seule : l'entretien au consulat, l'entretien en face à face au Protocole avant la remise du titre, puis le renouvellement annuel. Le Protocole y vérifie notamment que le passeport est toujours en sa possession, que les heures correspondent au contrat et que le logement est digne. Pour faire valoir ses droits en justice, la personne doit consulter un avocat, qui appréciera la question de l'immunité de l'employeur. Les bulletins de paie, le contrat et tout document daté sont des pièces précieuses à conserver.

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