Le personnel recruté localement
Qui relève du droit du travail et de la sécurité sociale français.
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L'audit social est un état des lieux écrit du personnel local, salarié par salarié, avec le risque chiffré de chaque écart. Il est remis au chef de mission en français et, si besoin, en anglais pour la capitale.
L'audit social d'une ambassade étrangère en France est un diagnostic écrit de la situation de son personnel local au regard du droit français : qui la mission emploie, sous quel statut, avec quelles affiliations, quel contrat, quelle durée du travail et quelle rémunération. Il se termine par une liste d'écarts, un chiffrage du risque attaché à chacun et un plan d'action classé par priorité. Ce n'est ni un contrôle ni un rapport destiné à un organisme : c'est un outil de décision pour le chef de mission.
Le plus fréquent est la prise de poste d'un nouvel ambassadeur ou d'un nouveau consul général, qui veut savoir ce dont il hérite (voir arrivée d'un nouveau chef de mission). Viennent ensuite la réclamation d'un salarié, le départ de l'agent qui tenait la paie depuis quinze ans, la préparation d'une adhésion à la retraite complémentaire, ou simplement une question de la capitale sur le coût réel du personnel local. Dans tous ces cas, la mission a besoin d'une photographie fiable avant de décider.
Nous ne sommes pas un cabinet d'avocats. L'audit ne tranche pas un litige et ne remplace pas une consultation lorsqu'un contentieux est engagé. Nous ne sommes pas non plus experts-comptables : nous ne certifions aucun compte. Notre regard est celui d'un gestionnaire de paie qui connaît le droit social et la situation particulière des États employeurs. Il porte sur ce que la paie et les déclarations révèlent, et sur ce qu'elles devraient contenir.
Le rapport est rédigé en français. Une version anglaise suit le même plan, avec les termes français entre parenthèses pour que la capitale et l'administrateur parlent des mêmes choses, dans l'esprit de notre paie bilingue.
Le détail
Chaque personne payée par la mission est classée : agent envoyé exempté au titre des conventions de Vienne, salarié recruté localement soumis au régime français, salarié ayant exercé une option ouverte par une convention bilatérale, domestique privé d'un diplomate. Deux critères font tomber l'exemption : la nationalité française et la résidence permanente en France. C'est souvent là que l'audit trouve son premier écart : un agent présenté comme exempté alors qu'il vit en France depuis vingt ans.
Nous contrôlons l'immatriculation de l'établissement, l'affiliation au régime général de chaque salarié concerné, les contributions d'assurance chômage dues depuis le 1er avril 2020, l'adhésion à l'AGIRC-ARRCO, qui vaut pour la totalité des salariés affiliés, et l'existence d'une couverture santé et prévoyance. Pour chaque régime, le rapport dit s'il est ouvert, depuis quand, et pour qui. Une adhésion à la complémentaire limitée à quelques salariés, ou à la seule chancellerie, est un écart en soi.
Nous relisons chaque contrat : existence d'un écrit, langue, loi choisie, période d'essai, description des fonctions. Un règlement du personnel local n'écarte pas à lui seul le droit français, comme l'a jugé la Cour de cassation le 13 janvier 2021 (n° 19-17.157). La description des fonctions compte aussi pour une autre raison : c'est elle qui permettra de dire, en cas de litige, si l'immunité de juridiction peut être invoquée ou non.
Nous comparons les horaires réels aux horaires contractuels, en partant de la durée légale de 35 heures par semaine. Le chauffeur de l'ambassadeur est le cas typique : amplitudes longues, soirées de réception, déplacements le week-end, heures supplémentaires payées au forfait ou pas du tout. Nous vérifions aussi les maxima quotidiens de 10 heures et le repos quotidien de 11 heures consécutives. Sans relevé d'heures, nous reconstituons une estimation prudente et le disons dans le rapport.
Nous comparons chaque salaire au SMIC horaire, 12,31 € depuis le 1er juin 2026 après 12,02 € de janvier à mai. Les grilles locales fixées par la capitale en début d'année, parfois exprimées dans une autre monnaie, ne suivent pas toujours les revalorisations. Nous examinons aussi les primes et indemnités versées hors bulletin : logement, transport, treizième mois. Tout ce qui est payé doit apparaître sur le bulletin et dans les déclarations.
Déroulement
Nous convenons avec le chef de mission ou l'administrateur du périmètre : chancellerie seule, consulats, résidence, institut rattaché. Nous fixons la liste des pièces et la personne qui nous les transmet. Le cadrage précise aussi à qui le rapport sera remis, sous quelle forme et dans quelle langue. Rien n'est communiqué à un tiers, organisme compris, sans mandat écrit de la mission.
Nous recevons la liste du personnel, les contrats, les bulletins de l'année, les relevés de virements, les DSN et les courriers des organismes. Un entretien avec la personne qui gère la paie complète les pièces : il explique les usages que les documents ne montrent pas. Nous ne rencontrons les salariés que si la mission le souhaite et l'organise elle-même, dans ses locaux.
Chaque écart est décrit, rattaché à sa règle et chiffré : rappel de salaire, cotisations, droits perdus par le salarié. Nous distinguons trois niveaux, certain, probable et discuté, pour que la mission ne confonde pas une obligation établie avec une question que les textes ne tranchent pas. Les montants sont présentés par salarié et par année, avec leur base de calcul.
Le rapport est présenté au chef de mission lors d'une réunion, en français ou en anglais, puis remis par écrit. Il se termine par un plan d'action daté et classé par priorité : ce qui se corrige dès la paie suivante, ce qui demande une démarche auprès d'un organisme, ce qui suppose une décision politique de la capitale. Nous pouvons ensuite prendre en charge la mise en œuvre.
Un audit utile à une mission diplomatique distingue ce qui est certain de ce qui ne l'est pas. Beaucoup de diagnostics reprennent la grille d'une entreprise française et présentent comme obligations des points que les textes ne tranchent pas pour un État employeur. D'autres, à l'inverse, s'arrêtent à l'immunité et concluent qu'il n'y a pas de risque. Les deux erreurs coûtent cher.
Le socle du code du travail s'applique au salarié recruté localement dont le travail s'exécute habituellement en France : salaire minimum, durée du travail, congés, règles de rupture. Les obligations de sécurité sociale s'imposent pour les salariés non exemptés. L'assurance chômage est obligatoire depuis 2020. Sur ces points, le rapport chiffre sans conditionnel. La page SMIC, durée du travail et congés détaille ce socle.
La taxe sur les salaires, la taxe d'apprentissage, la formation professionnelle, le versement mobilité, la médecine du travail ou la complémentaire santé obligatoire ne sont tranchés par aucun texte que nous connaissions pour un État étranger employeur. Le rapport les classe en « discuté », indique la démarche pour obtenir une position écrite et ne les additionne pas au risque certain. Il en va de même des règles collectives du travail : le Conseil d'État a jugé le 9 décembre 2022 (n° 433766) qu'elles ne s'imposent pas à l'État étranger, sauf s'il a clairement choisi de les appliquer.
L'immunité de juridiction dépend des fonctions réellement exercées. Une secrétaire de l'ambassadeur du Ghana (Cass. soc. 27 novembre 2019, n° 18-13.790), un comptable de l'ambassade du Koweït (CEDH, Sabeh El Leil c. France, 29 juin 2011) ont pu faire juger leur litige. Le rapport indique, poste par poste, si l'immunité paraît invocable, en renvoyant vers la page immunité de juridiction pour le détail. Il signale aussi le risque le plus lourd pour les salariés, et le plus mal compris par les missions : l'absence d'adhésion à l'AGIRC-ARRCO, qui ne se rattrape jamais pour le passé.
Le chef de mission doit pouvoir transmettre le rapport sans le réécrire. Chaque écart tient sur quelques lignes : constat, règle, montant, action proposée. Les annexes contiennent le détail par salarié. Le vocabulaire est stable d'une langue à l'autre, ce qui évite qu'un « social security contribution » désigne tantôt la cotisation, tantôt la contribution.
Questions fréquentes
L'audit est un document interne remis au chef de mission. Nous ne prenons contact avec aucun organisme sans mandat écrit de la mission. Cela dit, un audit qui révèle des salariés non déclarés place la mission devant une décision : nous recommandons toujours une remise en ordre, conduite avec méthode, plutôt que d'attendre un contrôle ou une réclamation. Si la mission le décide, nous prenons en charge la régularisation des cotisations et le dialogue avec l'organisme, dans l'ordre fixé par le plan d'action.
Oui, si la mission le souhaite, mais leur situation diffère. Une entité qui n'est pas une mission diplomatique ou consulaire ne bénéficie pas des conventions de Vienne, et son statut dépend de sa forme juridique : service de l'État étranger, établissement public étranger, association ou société de droit français. Selon le cas, une convention collective de branche peut s'appliquer du fait de l'activité. L'audit commence donc par identifier l'employeur réel de chaque salarié, avant d'examiner les contrats et les déclarations.
Oui, l'audit porte sur des situations individuelles : nationalité, résidence, salaires, dates d'entrée. Nous demandons le strict nécessaire, par un canal sécurisé convenu avec la mission, et nous n'utilisons ces données que pour l'audit. Le rapport principal peut être anonymisé si le chef de mission veut le diffuser à la capitale, avec une annexe nominative conservée à l'ambassade. Les documents nous restent confiés le temps de l'audit, puis sont restitués ou détruits selon les instructions écrites et datées de la mission.
La mission est libre. Elle peut appliquer le plan d'action avec ses propres équipes, le confier à son prestataire actuel ou nous demander de le mettre en œuvre. Dans ce dernier cas, nous commençons par les corrections qui se font dès la paie suivante, comme un salaire sous le SMIC ou une affiliation manquante, puis nous traitons les démarches plus longues. Un point d'étape écrit, adressé au chef de mission, permet de suivre l'avancement de chaque action sans réunion supplémentaire.
Pour aller plus loin
Qui relève du droit du travail et de la sécurité sociale français.
Voir la pageSalariés non déclarés, périodes manquantes, arriérés : une remise en ordre chiffrée.
Voir la pageFaire le point social au moment d'une prise de poste.
Voir la pagePremier contact
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